Et le client ne paya pas

Dans le désert...C’est l’histoire ô combien banale d’un client qui passa commande mais ne paya pas son dû.

Je suis certaine que vous la connaissez…

Était-il déçu par le travail réalisé ? Que nenni !

La commande a-t-elle été envoyée trop tard ? Absolument pas.

Ce client a-t-il une « bonne » raison de ne pas payer ? Pas le début d’une…

Il ne paye pas, voilà tout.

Au début, il ne répond pas au téléphone, ni à tes mails, c’est énervant.

Tu insistes.

Alors, il finit quand même par t’expliquer gentiment qu’il ne peut PAS te payer, car, vois-tu, ses clients à lui ne le payent pas… Que répondre…

::: Tu es énervée.

::: Tu es dépitée.

::: Tu es enragée.

::: Tu es déçue.

Tu ne comprends pas, toi qui préférerais manger des pâtes pendant des siècles plutôt que d’avoir une dette.

Ce problème te prend la tête, tu te demandes pourquoi, la somme est presque dérisoire… pour l’instant du moins. Car c’est bientôt 3 factures qui seront impayées…

Mais tu sais que ce n’est pas une histoire d’argent.

D’ailleurs, tu as déjà eu d’autres clients en « décalage de trésorerie ». Ils t’ont toujours prévenue et fait en sorte de régler rapidement la situation.

Alors que là, ça dure, ça dure… Tu as l’étrange impression d’être menée en bateau.

Tu es partagée entre résignation (amour, paix, sérénité) et colère (n**** ta r***, b***** ! Pardon).

Tu sais que c’est à la fois pas grave (oui, tu survivras, oui, dans 10 ans tu auras oublié) et grave (tout travail commandé et réalisé est dû, point barre).

Tu voudrais comprendre pourquoi ça te touche autant. Pourquoi tu y penses chaque matin, au moment d’aller vérifier ton compte en banque. Pourquoi tu passes tant de temps à imaginer quelle stratégie tu vas mettre en place : relance téléphonique, mailing, recouvrement, huissier… Tu désespères d’avoir à en arriver là.

Tant d’énergie dépensée, tant de temps utilisé à mauvais escient.

Mais aussi tant de manque de respect, de malhonnêteté ! Tu ne peux rester sans rien faire…

Revenons à cette question essentielle : pourquoi cela te touche-t-il autant ? Plus que le contrat écrit, c’est le contrat moral qui est brisé, presque une question d’honneur.

En ne recevant pas la contrepartie due, tu entends : « ton travail ne vaut rien » donc « tu ne vaux rien »… Hum, ça sent la psychanalyse remontant à l’enfance !

::: Toi qui détestes relancer les autres, à quelque sujet que ce soit, tu les détestes de te forcer à le faire. Tu en pleurerais presque, imaginez !

::: Toi qui détestes ruminer pour des bêtises, tu les détestes de prendre tant de place dans ton cerveau, de te pourrir bêtement le quotidien.

L'espoir fait vivre

En fait, tu sais, ce qui te touche, c’est la confiance brisée. Pendant de nombreux mois, elle fut là : je te fais confiance pour écrire de bons textes, tu peux me faire confiance pour te rémunérer à leur juste valeur. Brutalement, fin de la confiance.

Chaque matin, tu décides : tant pis, je passe à autre chose. Tu y arrives, puis cela te rattrape. Cela te rattrapera tant que tu n’auras pas tout mis en œuvre pour régler l’affaire.

Tu racontes ton histoire autour de toi, comme une pauvrette. Tout le monde s’insurge, c’est vrai quoi, ça n’se fait pas ! Tu finis même par l’écrire, cette histoire, tellement banale, tellement universelle…

Tu n’iras pas les pourrir sur les réseaux sociaux, même si ce n’est pas l’envie qui t’en manque.

::: Parce que l’insulte ne salit pas celui à qui elle est destinée, mais celui qui la profère.

::: Parce que tu vaux plus qu’une basse vengeance.

::: Parce que tu préfères regarder devant toi, plutôt que derrière.

::: Parce que le panache du chevalier, c’est quand même plus classe que la torture du chef de gang. Moins efficace, mais plus classe 🙂

Est-ce qu’écrire tout ça t’a fait du bien ? Tout à fait.

Si un jour tu es payée, tu auras presque l’impression d’avoir touché le gros lot, un comble non ?

Tu repenses à ce client qui t’avait fait le même coup l’année dernière. Après avoir tenté toutes les solutions possibles, tu avais abandonné. Passé par pertes et profits (enfin surtout pertes !). Et voilà qu’un an plus tard, il t’avait rappelé pour te raconter les ennuis traversés et… te payer. Scotchée, tu avais été.

Alors, tu espères que le scénario se répétera. Que ton attente n’aura pas été vaine.

Tu as aussi envie (et tu le feras) de continuer à baser ta relation avec tes clients sur la confiance mutuelle, comme tu le fais finalement avec tout le monde. Tu fais des erreurs de jugement, c’est certain. Tu n’es pas toujours au top non plus, on a tous nos petites lâchetés. mais tu veux y croire.

Et puis… Finalement… Si tu lui disais « merci » à ce client indélicat ? « Grâce » à la rupture du contrat moral, tu as décidé d’arrêter de travailler avec lui. Plus de place pour autre chose… Tu t’exerces même à lui souhaiter le meilleur, quand tout te hurle de lui souhaiter le pire. Mais la vengeance, même indirecte, a souvent un goût amer (Allez donc lire à ce sujet le chouette billet de mon amie Laurence).

On dit que c’est la force des grands, l’origine de la sérénité : accepter ce qui ne peut être changé, agir sur ce qui peut l’être, pardonner sans oublier, sans justifier ou excuser.

Après tout, ces quelques centaines d’euros, je m’en passerai bien. Ce que j’ai appris à travers cette expérience a certainement bien plus de valeur.

« Tu nous diras, hein, tu nous diras, s’il t’a payée finalement ? »

Je vous dirai…

Mise à jour du 17 décembre 2015 : tous, je dis bien tous, mes clients m’ont payée. Merci 🙂

16 Commentaires

  1. J’ai rencontré cette situation pour une de mes nouvelles, envoyée à un magazine, qui était censé me payer.
    Je n’ai jamais vu l’argent. Le magazine a fermé, mais pas la maison d’édition, qui a envoyé plein de mails (à plein d’auteurs) pour dire que le magazine n’était pas rentable, qu’il allait fermer… Et il n’y avait aucune allusion à la rémunération, nulle part.
    Je n’ai pas osé me battre parce que c’était mon premier texte accepté. Je me disais que j’étais toute petite, que je ne valais pas le coup, que c’était bien, déjà, d’être sur un magazine ! Et puis j’avais peur d’avoir mal compris, d’être mal vue…
    Aujourd’hui je m’en veux d’avoir laissé tomber par manque de confiance en moi, plutôt que par lassitude ou par acceptation. Mais j’ai atteint l’acceptation, je me retrouve très bien dans la fin de ton message : au moins je sais que je ne travaillerai plus avec cette maison d’édition. C’est eux, qui ne me méritent pas. C’est eux qui ne valent pas le coup.

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    • Absolument, ils ne nous méritent pas. Les pauvres, ils ne savant pas à côté de quels trésors ils passent (et pour une fois je suis sérieuse !!) 🙂

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  2. C’est classique! J’y ai eu droit et beaucoup de libéraux dans mon entourage aussi…Il faut se faire verser un acompte avant de pondre la moindre ligne ou effectuer la moindre prestation…
    Sinon, tu fais bien de lâcher prise…Ça donne de bons résultats…Je l’ai toujours fait et réussi à obtenir le règlement parfois longtemps après mais bon…
    Sinon, être intransigeant et ne pas faire confiance d’emblée…C’est triste mais c’est ainsi!

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    • Un classique, c’est vrai ! Mais moi sans confiance, ça ne m’intéresse pas… Et d’expérience les acomptes n’y changent pas grand chose 🙂

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  3. « Nique ta race bordel »
    J’ai gagné quoi ???

    Sinon je fais de supers formations et rédactions de CGV …

    Bisous

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    • 😀
      PS : j’ai menacé de recouvrement… il a payé ^^

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        • Ah et sinon, c’est pas « bordel » et ton courrier part demainnnnnnnnnnn

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  4. Bonjour Morgane.

    J’ai l’impression que bon nombre d’entrepreneurs sont passés par là, malheureusement. J’en ai fait parti… L’action est allé jusqu’au Tribunal du Commerce. Remboursement de la somme due avec un an de décalage avec la date d’émission de la dite facture… Bonjour la trésorerie !
    Et c’est là que j’ai appris qu’en-dessous d’une certaine somme, la démarche coutait plus qu’elle ne pouvait rapporter… Enfin, le travail a été payé, au moins…

    Chaleureusement.

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    • Bonjour Frédéric, merci de ton témoignage. Ce qui me rend dingue c’est l’énergie gâchée…

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  5. Bonsoir,

    C’est bien malheureux, je ne comprends pas ce genre de personnes.
    Quand on ne peut pas payé on n’achète pas tout simplement.
    Je me sentirais terriblement mal dans le cas de cet acheteur!

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    • Pareil, Laura !

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  6. Hello Morgane,

    ça fait bien 4 fois que ton article me passe sous le nez et que je rechigne violemment à le lire… En effet, comme d’autres, je suis dans ce cas, pour quelques milliers d’euros.

    Je t’avoue que depuis, je suis passé par des phases parfaitement douloureuses… Et que j’ai choisi de prendre cette boulette de la vie pour exercice…. J’en viens de plus en plus à la conclusion toute personnelle que ce coup vient me chercher bien plus en profondeur, sur le lien de confiance / Collaboration / dépendance / rapport au monde bien au delà de ce que je pouvais imaginer.

    C’est un cadeau en fait, car j’ai à me repositionner dans ma relation bien plus grande avec la vie… Ok, ça va chercher loin mais ça sonnait juste pour moi de « travailler » ça maintenant… Process en cours….

    Bises d’une sorcière 🙂

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    • Tu as tout dit chère Fanny, je te souhaite un beau chemin (et que ton client paye !!) 🙂

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  7. C’est super que tu aies été payée et je suis d’accord : ces relations complexes nous permettent d’apprendre beaucoup. Je déteste (pour toutes les raisons que cites très bien), mais avec le recul j’ai moi aussi envie de leur dire merci !

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    • Le rapport à l’argent est toujours porteur de grandes leçons sur soi-même. Il faut simplement prendre le temps de les écouter et les comprendre 🙂

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